mardi 10 octobre 2017

Il suffit que Dieu soit Dieu






Ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu’il est, lui, toute sainteté. Rends-lui grâce à cause de lui-même. C’est cela même, petit frère, avoir le cœur pur. 


Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait et de se découvrir pécheur, est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l’immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le cœur pur est celui qui ne cesse d’adorer le Seigneur vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l’éternelle innocence et à l’éternelle joie de Dieu. Un tel cœur est à la fois dépouillé et comblé. 


Il suffit que Dieu soit Dieu. 

En cela même, il trouve sa paix, tout son plaisir. 
Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté.


Saint François d'Assise,

Extrait de « Sagesse d’un pauvre », d’Eloi Leclerc

L'amour qui naît de l'âme










Il ne reste rien qu'un étendard de mon armée de patience
De tout ce que j'avais, il ne reste qu'un chagrin
Le plus étrange, c'est que par coquetterie,
Il me donne encore un souffle, alors que je n'ai plus de souffle.
Pourquoi se contenter d'un sourire superficiel?
Il faut, comme les fleurs, sourire naturellement.
Il est une différence entre l'amour qui naît de l'âme
Et ce qu'avec des fils tu tisses autour de toi-même.
Je nie que dans le monde se trouve un bien-aimé plus aimable que toi
Il n'est pas d'action meilleure que de contempler ton visage
Dans les deux mondes, tu me suffis comme amour et ami
Là où se trouve un Bien-Aimé, brille ta lumière.
Dans mon amour pour toi, chaque ruse s'avère vaine
La séparation m'a fait verser le sang de mon cœur: il est perdu
A cette douleur qui vient de toi, je ne désire aucun remède
Qui peut le guérir? Ma douleur n'est rien.
Hz Mevlânâ
DjâlâlOd Dîn Rûmî

Cheikh Bentounes, sur France 2 le 08 oct 2017


lundi 9 octobre 2017

Du pur amour



Dieu a dit à l’un de ses Serviteurs : « Prétends-tu m’aimer ? Si tel est le cas, sache que ton amour pour Moi est seulement une conséquence de Mon amour pour toi. Tu aimes Celui qui est. Mais Je t’ai aimé, Moi, alors que tu n’étais pas ! »

Il lui dit ensuite : « Prétends-tu que tu cherches à t’approcher de Moi, et à te perdre en Moi ? Mais Je te cherche, Moi, bien plus que tu Me cherches ! Je t’ai cherché afin que tu sois en Ma présence, sans nul intermédiaire, le Jour où j’ai dit « ne suis-je pas votre seigneur ? » (Coran 7 :172), alors que tu n’étais qu’esprit (rûh). Puis tu M’as oublié, et Je t’ai cherché de nouveau, en envoyant vers toi Mes envoyés, lorsque tu as eu un corps. Tout cela était amour de toi pour toi et non pour Moi. »

Il lui dit encore : « Que penses-tu que tu ferais, si, alors que tu te trouvais dans un état extrême de faim, de soif, et d’épuisement, Je t’appelais à Moi tout en t’offrant Mon paradis avec ses houris, ses palais, ses fleuves, ses fruits, ses pages, ses échansons, après t’avoir prévenu qu’auprès de Moi tu ne trouverais rien de tout cela ? »

Le serviteur répondit : « Je me réfugierais en Toi contre Toi. »


Extrait du livre « Emir Abd el-Kader, Écrits spirituels » présentés et traduits de l’arabe par Michel Chodkiewicz, édition du Seuil (Paris 1982)

mercredi 16 août 2017

Un petit jardin tout ébouriffé par le vent du printemps..




 Rafraîchi par la pluie, le jardinet semble revivre, ivre de ses fleurettes et herbes folles. Oiseaux de toutes sortes, colombes, moineaux, pigeons, corneilles, mésanges, rouge-gorges, étourneaux, se disputent la place sans heurt, l'un cédant la place naturellement à l'autre.  Je me trouve derrière la grille du jardin, qui donne sur la rue. Une rue passante, trop passante, ou rien ne laisse supposer que l'on pourrait s'y arrêter. Aucune boutique, pas d'entrée de maison, pas de café, juste une rue passante. Et entre deux longs murs une vieille grille en fer forgé, avec de jolis entrelacs, pouvant laisser passer un chat. Il en vient un de temps en temps, visitant les lieux comme on visite son royaume, vérifiant que tout est bien en ordre, sans y séjourner car il n'y a là qu'un bout de jardin sans abri, avec un peu de terre à retourner. Deux vieux arbres, un frêne et un châtaigner, plantés là par la providence, voisins l'un de l'autre à perpétuité. Sûrement, leurs racines s'entremêlent et échangent en permanence de subtiles messages. Ils ont d'ailleurs le même air renfrogné. Les branches se disputent l'espace autour de leur tronc, levant les bras au ciel dès qu'elles le peuvent, ouvrant leurs doigts aux mille feuilles pour cueillir les rayons du soleil. Le lierre les a enlacées toutes d'une étreinte définitive. J'aime surtout regarder le lierre, ses entrelacs, ses jolies feuilles aux tons de vert  variés. 

Personne n'entre plus dans ce jardin.
Seulement mon cœur, qui se rafraîchit et oublie le monde, et qui rejoint en douce l'autre monde... 
Je reste  là, le front contre la grille, les mains accrochées à elle. Soudain, l'orage gronde et emporte mon cœur dans un éclair de joie.  
Il est parti si haut que je ne le vois plus. Il faudrait que je le rattrape. Mais c'est trop tard. 
Je le laisse devenir ce jardin, ce lierre amoureux qui enlace ardemment ses branches. Ces feuilles folles qui tourbillonnent au vent, emportées jusqu'aux cieux. Je le laisse éclater de rire de ce vol vertigineux. Je n'existe plus. Mourir, c'était donc ça. 
Je suis un petit jardin ébouriffé par le vent du printemps. 

samedi 12 août 2017

Pourquoi gardez-vous de l'amour pour vous-mêmes?



Puisque vous avez vu cette source,pourquoi ne pas vous être transformés en eau?
Puisque vous avez vu cet Ami proche, pourquoi gardez-vous de l'amour pour vous-mêmes?
Puisque vous vous trouvez chez le vendeur de sucre, pourquoi cet air amer?
Puisque vous êtes plongés dans la source de vie, pourquoi êtes-vous desséchés, misérables?
Ne vous obstinez pas ainsi, ne vous enfuyez pas loin du bonheur:
Quelle possibilité de fuite avez-vous pris que vous êtes au piège du filet?
Vous êtes captifs d'un filet auquel vous ne pouvez échapper,
Cessez de vous débattre, cessez de vous débattre! Ne restez pas obstinés;
Pareils à la phalène qui sacrifie sa vie; brûlez-vous à cette flamme.
Pourquoi dépendre de vos compagnons? Pourquoi vous attacher à votre prison? 
Consumez-vous dans cette flamme, illuminez votre cœur et votre âme,
Revêtez-vous d'un corps nouveau quand vous aurez rejeté l'ancien.

Hz Mevlânâ
Djâlâl Od Dîn Rûmî
Ôdes Mystiques/ 638